L'URSS de 1953 à 1985

II.6. Les années Khrouchtchev (1953-1964)

La disparition de Staline marque une étape décisive, la fin d'une époque, sinon la fin d'un système. Elle révèle « le paradoxe d'un système prétendument inscrit dans les lois du développement social, et dans lequel tout dépend tellement d'un seul homme que, cet homme disparu, le système a perdu quelque chose qui lui était essentiel » (François Furet). En quelques années, l'Union soviétique passe d'un système qui peut être qualifié de totalitaire à un système autoritaire et policier. Les années Khrouchtchev sont à la fois celles de la sortie de la dictature stalinienne ? dépénalisation des relations sociales, fin des répressions de masse, déstalinisation mesurée ? et celles des derniers grands mythes et des dernières mobilisations (retour au léninisme, construction du communisme, campagne du maïs, conquête des terres vierges, etc.).

II.6.1. Les luttes pour la succession (1953-1957)

Staline ayant délibérément agi comme si sa succession ne devait jamais s'ouvrir, sa disparition suscite un immense désarroi dans la population et d'intenses luttes de succession. Malenkov prend la tête du gouvernement, Khrouchtchev choisit la direction de l'appareil du parti, Beria garde le contrôle sur le puissant ministère de l'Intérieur. En quelques semaines, des mesures spectaculaires sont prises, annonciatrices d'un nouveau climat politique. Le 27 mars 1953, une amnistie permet la libération de plus d'un million de détenus (les « politiques » étant exclus du bénéfice de cette mesure). Le 4 avril, la Pravda annonce que l'affaire des médecins avait été montée de toutes pièces par la police politique. Le désarroi d'une population désorientée par la disparition du guide suprême s'accroît encore quand il apparaît que c'est Beria lui-même qui semble prendre la tête du combat pour le rétablissement de la « légalité socialiste ». La crainte de voir Beria élargir son influence et ses clientèles bien au-delà de l'appareil omnipotent de la police politique poussent les autres dirigeants à se coaliser contre lui ; il est arrêté le 26 juin 1953 et exécuté. Les conditions de la chute de Beria, la dissimulation de son exécution derrière un faux procès, les chefs d'accusation fantaisistes, dans la plus pure tradition stalinienne, retenus contre lui, témoignent des difficultés de passer à un système où l'arbitraire céderait le pas à la légalité. Après la chute de Beria, les luttes de succession mettent aux prises Malenkov et Khrouchtchev. En s'attaquant résolument à l'un des principaux problèmes de l'économie soviétique, l'agriculture, Khrouchtchev prend l'avantage. Au plénum du comité central de septembre 1953, il fait adopter un substantiel relèvement des prix payés par l'État aux kolkhozes, mesure indispensable pour éviter un effondrement complet de l'agriculture. Ces hausses s'accompagnent d'un abaissement des taxes sur le produit des ventes au marché libre. En mars 1954, Khrouchtchev fait entériner un vaste projet de mise en valeur des terres vierges du Kazakhstan et de l'Altaï (37 millions d'ha, soit 30% de la superficie cultivée du pays). Durant quelques années, le pari des terres vierges est payant : en 1956-1957, l'U.R.S.S. engrange la plus forte récolte céréalière de son histoire (125 Mt). En 1955, Khrouchtchev lance une nouvelle mobilisation, la campagne du maïs. En deux ans, dix-huit millions d'hectares sont ensemencés, y compris dans des régions peu propices à cette culture. Déjà s'affirment ces actions désordonnées, intempestives, autour d'un projet fétiche, si caractéristiques des années 1950.
Tout en capitalisant à son profit les premiers résultats encourageants des réformes agricoles, Khrouchtchev engage un train de mesures visant à dépénaliser les rapports sociaux : abolition des lois de 1938-1940 qui instituaient la responsabilité pénale pour les retards et les absences au travail, élaboration d'un nouveau code pénal, moins répressif, suppression des collèges spéciaux jugeant les affaires relevant de la police politique, profondément réorganisée (sous le nom de Comité à la sécurité d'État ou K.G.B.). Ce cours nouveau est d'autant plus apprécié qu'il s'accompagne d'une amélioration de la situation matérielle (durée hebdomadaire du travail ramenée de 48 à 42 heures ; âge de la retraite abaissé à 60 ans pour les hommes, 55 ans pour les femmes ; construction accélérée de logements : + 80% pour la période 1955-1964).
En politique internationale, les années 1953-1956 sont marquées par l'instauration de relations privilégiées avec la Chine (accord de coopération, 26 mars 1953, visite de Khrouchtchev à Pékin en octobre 1954), par la réconciliation avec la Yougoslavie (voyage de Khrouchtchev, Boulganine et Anastassi Mikoyan à Belgrade du 26 mai au 3 juin 1955) aux conditions de Tito, et par la recherche empirique d'un début de détente avec l'Occident. L'évolution des relations Est-Ouest se manifeste dans l'empressement des dirigeants soviétiques à mettre fin à la guerre de Corée, puis dans leur volonté d'aboutir dans les négociations de Genève (1954). Le principal problème reste celui du réarmement de l'Allemagne. Si le projet de Communauté européenne de défense (C.E.D.) échoue finalement, au grand soulagement de Moscou, l'inclusion de la R.F.A. dans l'O.T.A.N. (Paris, octobre 1954) entraîne le gouvernement soviétique à mettre sur pied le pacte de Varsovie (mai 1955). En mai 1955, l'U.R.S.S., les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France signent le « traité d'État » garantissant la neutralité de l'Autriche. Ce traité contribue à atténuer la tension Est-Ouest. En septembre 1955, le voyage à Moscou du chancelier Konrad Adenauer, qui établit des relations diplomatiques entre la R.F.A. et l'U.R.S.S., témoigne de la vigueur de « l'esprit de Genève », un état d'esprit qui débouche, au XXe congrès du P.C.U.S. (14-25 février 1956), sur la théorie de la « coexistence pacifique ».
Le XXe congrès du P.C.U.S. se réunit le 14 février 1956 pour faire le point sur le chemin parcouru depuis la mort de Staline et entériner les évolutions qui s'étaient produites au cours des trois dernières années. Khrouchtchev souligne l'importance de la détente internationale, fondée sur la « nouvelle ligne générale de la politique extérieure de l'U.R.S.S., la coexistence pacifique » et reconnaît le pluralisme des voies menant au socialisme. Ce qui fait cependant du XXe congrès un événement majeur de l'histoire soviétique est la divulgation, par Khrouchtchev, après la clôture officielle du congrès, devant les seuls délégués soviétiques, du Rapport secret. Ressort de ce texte une nouvelle image de Staline ? celle d'un tyran fabriquant jour après jour son culte, d'un dictateur incompétent, « coupé de son peuple », responsable de la terreur contre le parti et des défaites de l'Armée rouge au début de la guerre. Certes, ce texte, élaboré dans la hâte, restait très sélectif et superficiel dans sa condamnation du stalinisme, éludant la question centrale de la responsabilité du système, dans son ensemble, vis-à-vis de la société. Largement diffusé, le Rapport secret ouvre néanmoins une nouvelle brèche dans l'édifice stalinien.
Cependant, passé le choc du XXe congrès, et tandis que de la société montent avec une force croissante interrogations et aspirations au changement, la résistance à la déstalinisation s'organise, la majorité des cadres communistes redoutant d'être un jour sommés de rendre compte de leur passé. Les événements qui secouent, en octobre-novembre 1956, la Pologne et la Hongrie, où la déstalinisation dérape vers des mouvements à la fois anticommunistes et antisoviétiques, affaiblit la position de Khrouchtchev. À la faveur du voyage du premier secrétaire en Finlande, ses collègues décident, en 1957, de convoquer le Présidium: sept des onze membres (dont Malenkov, Molotov, Kaganovitch, Vorochilov et Boulganine) réclament la démission de Khrouchtchev. Minoritaire, celui-ci exige que le conflit au sein du Présidium soit arbitré par le comité central, instance suprême du parti, dont émane celui-là. Après deux jours de débats, le comité central renverse le vote du Présidium et condamne les « activités fractionnelles du groupe antiparti ». Molotov, Malenkov, Kaganovitch sont exclus du Présidium, où font leur entrée ceux qui ont soutenu Khrouchtchev (Gueorgui Joukov, Brejnev, Nikolaï Chvernik, Ekaterina Fourtseva).
Temps fort de la déstalinisation, la crise de juin 1957 consacre des pratiques politiques nouvelles. Les vaincus ne perdent ni la vie ni la liberté. Le comité central retrouve la plénitude de ses pouvoirs. La prééminence de Khrouchtchev, affirmée après quatre années de luttes de succession, apparaît largement tempérée par le rôle grandissant d'une nomenklatura stabilisée de dirigeants locaux, enfin à l'abri de purges sanglantes. Sur ce point capital, comme sur d'autres, la rupture avec le stalinisme semble bien consommée.

II.6.2. Limites et dérapages du projet khrouchtchévien (1958-1964)

Les années 1958-1964 apparaissent, après cinq ans de forte croissance, comme des années de difficultés économiques, voire de crise. Le pouvoir politique tente d'y remédier par des mobilisations de plus en plus désordonnées, par une politique extérieure volontariste alternant fanfaronnades et reculades, par la réactivation du mythe de la construction du communisme athée.
L'ensemble des indicateurs économiques révèlent un renversement de tendance à partir de 1958-1959 : chute de la consommation, baisse du taux de croissance de la productivité, développement des pénuries. La crise est particulièrement grave dans l'agriculture. Le regroupement des kolkhozes (83 000 en 1955, 40 000 en 1963) en fédérations kolkhoziennes, censées impulser une intégration agro-industrielle, bute sur le scepticisme général et sur un style de commandement qui n'a guère changé depuis les années staliniennes. Les mobilisations et les campagnes productivistes lancées pour « rattraper et dépasser les États-Unis » (discours de Khrouchtchev du 22 mai 1957) aboutissent, dans les conditions de fonctionnement du système kolkhozien, à des désastres économiques et écologiques. En 1964, la production de viande est inférieure à celle de 1958. À la suite de la campagne de liquidation de la jachère, la récolte céréalière de 1963 est catastrophique. Soumises à une monoculture intensive, les terres vierges subissent une sévère érosion éolienne, qui entraîne une chute des rendements, en quelques années, de 65 %. L'U.R.S.S. est contrainte d'acheter, cette année-là, plus de douze millions de tonnes de céréales à l'étranger. Les difficultés agricoles se répercutent directement sur le climat social : la hausse des prix de la viande (+ 30 %) et du beurre (+ 25 %) au 1er juin 1962 suscite protestations, voire émeutes dans le monde ouvrier (émeutes de Novotcherkassk au début de juin 1962).
Les difficultés économiques vont de pair avec une réactivation du mythe du passage au communisme, particulièrement sensible après le XXIe congrès (27 janv.-5 févr. 1959). Le mythe de l'édification communiste donne lieu à un certain nombre de campagnes idéologiques : campagne anticléricale et athée (1958-1961), mobilisation pour la « participation des travailleurs au maintien de l'ordre dans le pays », campagne contre les « parasites » et autres « individus vivant de revenus non salariaux », campagne anticorruption. Les limites du « dégel culturel » se font sentir sur les milieux intellectuels. L'interdiction faite à Boris Pasternak, en 1956, de publier son roman Le Docteur Jivago, puis de recevoir le prix Nobel de littérature qui lui est décerné en octobre 1958, révèle les limites de la déstalinisation dans la sphère culturelle. Cas exemplaire de ces limites, l'affaire Pasternak précipite une crise de conscience de l'intelligentsia russe. Cet épisode marque, pour beaucoup, le début d'une renaissance morale. La fin des années 1950 voit l'apparition des premiers samizdats, revues dactylographiées clandestines qui naissent dans les milieux de jeunes poètes, écrivains, philosophes, historiens, participants des rassemblements du samedi sur la place Maïakovski à Moscou. La première génération des dissidents, celle des Alexandre Guinzbourg, Vladimir Boukovski, Gueorgui Galanskov, Alexandre Kouznetsov, est née. Par ailleurs, une partie de l'intelligentsia libérale multiplie les provocations sur des thèmes tabous : ainsi, des écrivains reconnus comme Ilia Ehrenbourg et Evgueni Evtouchenko soulèvent ouvertement la question de l'antisémitisme en U.R.S.S.
Plus que la fronde d'une partie de l'intelligentsia, ce sont les difficultés que connaît une économie cahotée de réforme en campagne qui mobilisent contre Khrouchtchev les cadres influents de la nomenklatura politique et économique. C'est dans ce contexte de crise économique et d'opposition persistante d'éléments conservateurs au processus de déstalinisation que s'ouvre le XXIIe congrès du parti (17-31 octobre 1961). Appelé à adopter le nouveau programme et les nouveaux statuts du parti, ce congrès est marqué par une nouvelle offensive, assez inattendue, de Khrouchtchev et de ses partisans contre le stalinisme et contre un certain nombre de staliniens endurcis (Vorochilov, Kaganovitch, Molotov, Malenkov) . À la suite du discours de Khrouchtchev du 27 octobre 1961 qui élude cependant une fois encore la question de la responsabilité globale du parti communiste dans la terreur de masse contre la société soviétique, le processus de déstalinisation culmine (28-30 octobre) avec l'intervention de nombreux délégués qui réclament ? et obtiennent ? l'expulsion immédiate de la dépouille de Staline du mausolée érigé sur la place Rouge. Les résistances à la déstalinisation restent cependant fortes. Les résolutions finales du congrès ne reprennent pas la proposition de Khrouchtchev d'ériger un monument aux victimes du stalinisme, et ne parlent plus des « crimes », mais des « fautes » de Staline.
Après le XXIIe congrès, Khrouchtchev suit une ligne politique assez incohérente, marquée par une succession d'apparents dégels (autorisation de publier deux ?uvres dévastatrices pour le camp stalinien : Les Héritiers de Staline d?Evgueni Evtouchenko ; Une journée d'Ivan Denissovitch d?Alexandre Soljenitsyne) et de revirements conservateurs. Au plénum du comité central de novembre 1962 est adoptée une importante réforme du parti, dont les structures sont divisées en deux branches, l'une consacrée à l'industrie, l'autre à l'agriculture. Nouvelle et illusoire tentative de gérer plus efficacement l'économie, cette réforme a pour principal effet d'aliéner au Premier secrétaire une grande partie des cadres du parti, déjà échaudés par deux essais intempestifs de déstalinisation.
Tout au long des années Khrouchtchev, la politique extérieure continue de jouer un rôle très important dans l'affermissement ? ou l'affaiblissement ? de la position et du rayonnement du Premier secrétaire. Au cours des années 1957-1964, Khrouchtchev impulse une politique étrangère très active, qualifiée par Jacques Levesque de « volontariste ». Trois questions majeures monopolisent l'effort diplomatique soviétique : les relations avec l'Occident, le schisme à l'intérieur du camp socialiste, l'émergence des « États de démocratie nationale » du Tiers Monde. Les rapports avec l'Occident suivent un cours sinueux, alternant menaces et perspectives de détente. Ce cours est la résultante de deux données contradictoires : d'un côté, la ligne générale de la politique extérieure de l'U.R.S.S. reste la coexistence pacifique ; de l'autre, l'U.R.S.S. prend conscience, avec le succès de ses premiers satellites et la mise au point de ses missiles intercontinentaux, de sa puissance. Pour le gouvernement soviétique, le développement d'un modus vivendi avec les Occidentaux passe d'abord par une reconnaissance définitive, par ceux-ci, des conquêtes du camp socialiste en Europe. À cet égard, Berlin, « cancer rongeant de l'intérieur le camp socialiste » (Walter Ulbricht) continue de focaliser les tensions Est-Ouest. Khrouchtchev torpille la conférence de Paris consacrée au règlement de la question de Berlin (mai 1960). Un an plus tard, une nouvelle rencontre, à Vienne, entre Khrouchtchev et le président américain John Kennedy, se solde également par un échec. À partir du 13 août 1961, avec l'aval et l'appui de Moscou, le gouvernement de la R.D.A. érige le Mur de Berlin. Cette mesure n'ayant suscité aucune réaction notable de la part des Occidentaux, Khrouchtchev décide de tenter un coup de poker, en installant des missiles nucléaires de moyenne portée à Cuba. Cette initiative déclenche la plus grave crise des relations internationales depuis 1945. Le 22 octobre 1962, le président Kennedy annonce le blocus naval de Cuba et exige le retrait immédiat des missiles. Devant la détermination américaine, Khrouchtchev accepte de retirer les missiles, sous contrôle de l'O.N.U., à condition que les États-Unis s'engagent à ne jamais envahir Cuba. Les conséquences de l'affaire cubaine sont considérables : Khrouchtchev en ressort politiquement affaibli.
La crise de Cuba consomme le schisme sino-soviétique qui couvait depuis 1956-1957. En 1960, Moscou avait rappelé ses milliers d'experts qui aidaient la Chine à s'industrialiser ; le gouvernement chinois avait répliqué en dénonçant le « révisionnisme » soviétique. L'accord soviéto-américain sur le retrait des missiles de Cuba est qualifié par les Chinois de « nouveau Munich ». En février-mars 1963, le Quotidien du Peuple publie une série d'articles très violents qui dénoncent le « capitulationnisme » de Khrouchtchev, le « révisionnisme soviétique » et les traités inégaux imposés par la Russie tsariste à la Chine. Parallèlement à ce conflit majeur au sein du camp socialiste prend forme un autre conflit qui oppose, en 1963-1964, l'U.R.S.S. à la Roumanie, soucieuse de marquer ses distances vis-à-vis de la mainmise économique soviétique sur l'Europe de l'Est.
Le 15 octobre 1964, un bref communiqué du comité central annonce que, la veille, le plénum du comité central « a donné suite à la demande de Nikita Khrouchtchev d'être libéré de ses fonctions ». Celles-ci ont été aussitôt attribuées à une équipe prête pour la relève : Leonid Brejnev (Premier secrétaire du parti), Alexeï Kossyguine (chef du gouvernement). Pour la première fois, le règlement de la succession a été prévu : c'est une succession institutionnalisée. Au-delà du complot de ses pairs, l'élément décisif dans la chute de Khrouchtchev fut l'opposition que le Premier secrétaire s'était attirée de la part de la nomenklatura, inquiète des réformes continuelles qui menaçaient les plans de carrière, la sécurité des emplois, les privilèges en tous genres.
Bien plus qu?une révolution de palais, c'est une révolte des appareils, sur fond d'indifférence de la société et des élites intellectuelles, qui renverse Khrouchtchev le 14 octobre 1964, ouvrant une longue période décisive pour l'évolution du régime soviétique, faite d'apparent immobilisme politique et de profondes mutations économiques et sociales.

II.7. L'obsession de la stabilité (1965-1985)

Les années 1965-1985 apparaissent comme deux décennies hautement paradoxales. Sous la rigidité apparente d'un système aspirant à une stabilité érigée en véritable dogme, la société soviétique se transforme en profondeur. État et société semblent, en partie, s'ignorer et évoluer chacun de son côté : l'État ne cherche plus à prendre l?initiative, à mobiliser les masses pour quelque projet mythique, se contentant de gérer les affaires courantes ; laissée à son évolution, la société fait semblant d'adhérer au discours officiel, tout en poursuivant sa propre transformation.

II.7.1. Le brejnévisme, âge d'or de la nomenklatura

Une des premières mesures prises par la nouvelle équipe, où l'on remarque particulièrement Brejnev, Kossyguine, Mikhaïl Souslov (membre du Présidium responsable à l'Idéologie), Nikolaï Podgorny (chef du département des cadres du comité central), Alexandre Chelepine (président du comité de contrôle du parti), est le rétablissement, à tous les échelons, de l'unité des organisations du parti, divisées en deux branches par la réforme de novembre 1962. Au cours des années 1970, le corps des dirigeants régionaux du parti (qui constitue la majorité des membres du comité central) obtient enfin la stabilité à laquelle il aspirait depuis la période stalinienne. Cette évolution va de pair avec un enracinement local des bureaucraties, d'autant que les responsables, une fois nommés, le restent pour longtemps. Cet enracinement et cette stabilisation favorisent le clientélisme, et un système de valeurs où la fidélité et le parrainage priment sur la compétence et les principes idéologiques. Les années 1970 marquent l'âge d'or d'une sorte de « féodalité soviétique » contre laquelle Staline, puis Khrouchtchev avaient lutté sans relâche, le premier par la terreur institutionnalisée, le second par des moyens légaux.
Malgré des divergences, la nouvelle équipe tente de maintenir, à tout prix, un cap centriste et d'équilibrer les diverses tendances par un compromis qui évolue au fil des années vers un immobilisme de plus en plus marqué. Ce consensus sur l'essentiel ? stabiliser et équilibrer les pouvoirs et les intérêts des divers appareils bureaucratiques, perpétuer un pouvoir collégial en écartant toute solution alternative ? n'exclut toutefois ni les divergences ni les conflits feutrés. Un premier ensemble de divergences semble avoir porté sur le choix des priorités économiques. Pour Kossyguine, priorité doit être donnée à l'industrie légère des biens de consommation des ménages, très inférieure aux besoins et au niveau de l'Europe occidentale. Pour Brejnev et Souslov, les priorités sont l'industrie lourde, l'agriculture, la défense, le « développement du front pionnier en Sibérie ». Appuyées par les militaires, dont le poids politique est alors plus important qu'il n'a jamais été, les options les plus conservatrices de Brejnev et de Souslov l'emportent à partir de 1972-1973. On assiste à la fois à la promotion de dirigeants dont la carrière avait été liée à celle de Brejnev (le groupe de Dniepropetrovsk : Andreï Kirilenko, Konstantin Tchernenko, Dinmoukhamed Kounaev, Vladimir Chtcherbitski, Viatcheslav Chtchekolov) et à la montée des militaires (maréchal Oustinov, maréchal Gretchko) dans les plus hautes instances du parti et de l'État. Un autre fait marquant d'une vie politique particulièrement terne est le développement d'un culte, dérisoire, de la personnalité de Brejnev. Les honneurs se multiplient pour ce dirigeant vieillissant, flatté dans sa passion sénile pour les décorations et les titulatures. Cette avalanche d'honneurs ne constitue cependant pas un retour à un culte de type stalinien. Il ne se forge pas dans l'exclusion de concurrents potentiels. Les pouvoirs concentrés par Brejnev lui sont en effet remis par ses pairs. Il émerge de la classe politique comme l'incarnation du consensus et de la solidarité d'une nomenklatura qu'à aucun moment il ne déborde ni ne menace. La personnalisation du pouvoir au sein d'une coalition vieillissante (en 1980, la moyenne d'âge des membres du Politburo atteint 72 ans) va de pair avec un fonctionnement plus légal des rouages institutionnels (les congrès du parti sont convoqués tous les quatre ans) et une abondante codification du cadre juridique et constitutionnel, qui aboutit, en 1977, à la promulgation solennelle d'une nouvelle Constitution, censée annoncer le passage à l'ère du « socialisme développé ».

II.7.2. La crise du « socialisme développé »

Un an après la chute de Khrouchtchev, lors du plénum du comité central de septembre 1965, est lancée une importante réforme économique (dirigée par l'économiste Evseï Liberman) centrée sur une volonté d'élargir la sphère d'autonomie des entreprises. Rapidement, cette réforme se heurte au principe de verticalité qui réglemente, depuis les années 1930, les systèmes de planification et de gestion, limitant toute communication directe entre des entreprises et des administrations appartenant à des ministères différents. L'orientation technocratique et réformatrice, qui met l'accent sur le qualitatif et la croissance intensive et dont Kossyguine s'est fait le principal porte-parole au gouvernement, cède la place, au début des années 1970, au discours volontariste brejnévien, davantage axé sur « l'esprit de parti », qui alterne appels à la discipline et menaces voilées contre les cadres « fautifs de négligence ». Le Xe plan quinquennal (1976-1980) confirme l'abandon des velléités technocratiques de la seconde moitié des années 1960. Les priorités retenues ? le complexe militaro-industriel, l'exploitation extensive du secteur energétique ? ont pour but, dans une conjoncture mondiale favorable aux producteurs d'énergie, de dégager rapidement des excédents de matières premières exportables. Grâce à ces exportations, le pays doit pouvoir importer massivement de la technologie occidentale, qui, espère-t-on, injectera dans l'organisme anémié de l'économie soviétique un peu de productivité. Cette solution de facilité, cette « option de contournement » (Jacques Sapir) ne permet pas de résoudre la crise structurelle qui s'installe, au c?ur de l'industrie soviétique, à partir du milieu des années 1970.
Cette crise se traduit par une accumulation de symptômes : brutale décélération des taux de croissance (8 % par an dans les années 1960, 3 % environ dans les années 1981-1985) ; effondrement des gains de productivité (qui passent de + 6% à 2,5% par an) et des investissements (de 7,5 à 1,8% par an) ; stagnation de la consommation. Cette situation découle d'un certain nombre de contraintes structurelles : une démographie défavorable, un déplacement constant vers l'est des ressources naturelles, ce qui accroît considérablement les coûts d'exploitation, un vieillissement des équipements, le poids, de plus en plus lourd, des dépenses militaires dans une conjoncture de course aux armements, une crise de l'organisation du travail (analysée dans le Rapport de Novossibirsk de Tatiana Zaslavskaïa en 1983).
Dans une économie soviétique en récession, l'agriculture demeure le secteur le plus fragile. Le pays connaît, sur une quinzaine d'années, huit mauvaises récoltes (1969, 1972, 1974, 1975, 1979, 1980, 1981, 1984), imputées, par les autorités, à des calamités climatiques. En réalité, bien d'autres problèmes expliquent ces résultats : conditions déplorables de transport et de stockage, implantation artificielle, dans des régions peu peuplées, d'une agriculture imposée par des méthodes administratives et, plus fondamentalement encore, rupture ? depuis la collectivisation ? du lien entre le paysan et la terre. Le gouvernement soviétique doit recourir à des importations massives de céréales (25 Mt par an dans les années 1970, 40 Mt par an au début des années 1980) alors même que l'État procède à une injection massive d'investissements dans ce secteur sinistré. En réalité, la clochardisation des campagnes surexploitées depuis la collectivisation a déjà atteint un point de non-retour.

II.7.3. Les transformations sociales

Derrière l'immobilisme de la vie politique, la société soviétique se transforme rapidement, modifiant à la fois les données du fonctionnement économique et celles des rapports entre la société et le pouvoir. Focalisant toute son attention sur la frange ultra-minoritaire de dissidents et sur les « diversions idéologiques de l'étranger », le régime ne voit pas l'émergence d'une société civile.
Une des mutations les plus lourdes de conséquences sur l'économie est le ralentissement de la croissance démographique, doublée d'une forte dégradation de plusieurs indicateurs : forte hausse de la mortalité infantile, baisse de l'espérance de vie, augmentation des suicides, des homicides, des décès par accident du travail. Une des évolutions démographiques les plus remarquées est la différenciation grandissante des taux de croissance entre populations slaves et non slaves. La part des populations musulmanes passe en vingt ans de 10,7 à plus de 16 % de la population du pays. Cette évolution fait prédire à certains observateurs étrangers un éclatement de l'empire sous la pression démographique des non-slaves. Autre mutation majeure, l'urbanisation et son corollaire, le développement généralisé de l'instruction. Dans les années 1960-1970 se met en place une société urbaine plus éduquée et professionnellement mieux différenciée. L'amélioration des normes professionnelles et éducatives, commencée au cours des années 1930, arrive à maturité, entraînant un réel mouvement de promotion générationnelle, élément important d'un certain arrangement entre le régime et la société. En même temps, les tensions se multiplient entre une structure socioprofessionnelle enfin adéquate aux besoins du système scientifico-industriel et un carcan idéologique qui freine toute initiative individuelle. Une autre conséquence majeure de l'urbanisation et de l'élévation générale du niveau d'instruction est le développement de toute une gamme de structures informelles, de micro-univers, d'espaces de micro-autonomie, avec leurs publics, leurs cultures et leurs contre-cultures, qui structurent progressivement une véritable société civile.
Si les formes d'arrangement et de mécontentement passif demeurent très largement majoritaires, des formes plus actives de désaccord commencent à se manifester à partir de la seconde moitié des années 1960 dans trois milieux principalement : l'intelligentsia créatrice, les minorités religieuses, certaines minorités nationales.
La nouvelle équipe dirigeante, où Mikhaïl Souslov joue le rôle d'idéologue en chef, montre d'emblée sa volonté de clore définitivement tout dégel culturel. Le procès et la condamnation des écrivains Andreï Siniavski et Iouri Daniel (février 1966) ouvre l'ère de la dissidence parmi une minorité d'intellectuels de Moscou et de Leningrad, divisés en marxistes-léninistes authentiques (Roy et Jaures Medvedev), libéraux « occidentalistes » (Andreï Sakharov) et chrétiens « slavophiles » (Alexandre Soljenitsyne) . Hors des cercles restreints de l'intelligentsia, la contestation active se développe dans les milieux catholiques de Lituanie, la communauté juive (dont les membres exigent le libre droit à l'émigration face à un antisionisme d'État de plus en plus marqué), la communauté allemande, certains milieux intellectuels des minorités nationales, notamment en Ukraine, en Géorgie, en Arménie et dans les pays Baltes inquiets devant la politique de russification. Dans le rapport de forces, très inégal, entre une poignée de dissidents et l'État soviétique, le poids de l'opinion internationale devient peu à peu déterminant. Il bascule définitivement en faveur de la dissidence après la parution, en Occident, du livre de Soljenitsyne, L'Archipel du Goulag, en décembre 1973, puis l'expulsion hors d'U.R.S.S. du Prix Nobel de littérature en février 1974. De manière significative, une part notable des travaux de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, qui débute en 1973 à Helsinki, est consacrée à la question des droits de l'homme en U.R.S.S. et dans les pays de l'Europe de l'Est. L'acte final de la conférence d'Helsinki fournit aux dissidents l'occasion de se prévaloir de nouveaux droits reconnus par un traité international qui engage l'U.R.S.S.. Dans ce contexte, la machinerie administrative et policière est en partie bridée, surtout lorsque le dissident est pris en charge par une organisation humanitaire étrangère.

II.7.4. L'U.R.S.S. et le monde

Au moment où la nouvelle équipe prend le pouvoir, en octobre 1964, le passif accumulé par la politique extérieure volontariste de Khrouchtchev est assez lourd : la cohésion du camp socialiste est ébranlée ; les rapports Est-Ouest restent tendus ; la politique de l'U.R.S.S. vis-à-vis du Tiers Monde est dans l'impasse. Pour les nouveaux maîtres du Kremlin, il est urgent de mettre un terme au processus de désintégration du camp socialiste en intégrant davantage ? politiquement et économiquement ? les pays satellites, de normaliser les relations Est-Ouest, de maintenir une politique de présence et de soutien aux régimes progressistes dans le monde.
L'entrée de la Chine en « révolution culturelle » (1966) enferme ce pays, à la grande satisfaction de l'U.R.S.S., dans un isolement diplomatique quasi-totall. Si les tensions sino-soviétiques ne disparaissent pas, elles baissent d'un cran. En Europe de l'Est, le principal souci du gouvernement soviétique est de briser l'évolution démocratique qui se dessine, avec le Printemps de Prague (1968) en Tchécoslovaquie, où la nouvelle équipe venue au pouvoir en janvier 1968, tente d'instaurer un « socialisme à visage humain », libéré de toute censure et de la dictature d'un parti unique. Craignant une remise en cause radicale du système politique imposé par l'U.R.S.S. aux pays de l'Europe de l'Est, le gouvernement soviétique, soutenu notamment par les dirigeants est-allemands et polonais, décide, après l'échec de la conférence de Bratislava (3 août 1968) d'intervenir militairement en Tchécoslovaquie (21 août 1968) et de « normaliser » la situation. Gustav Husak, qui remplace Alexandre Dubcek à la tête du Parti communiste tchèque, est chargé d?épurer celui-ci. La normalisation de la Tchécoslovaquie a pour conséquence d'accélérer le processus d'intégration de l'Europe de l'Est à l'U.R.S.S.. En dehors du pacte de Varsovie et du Conseil d?assistance économique mutuelle (C.A.E.M. ou Comecon), l'U.R.S.S. suscite la création de plusieurs dizaines d'institutions inter-étatiques chargées de coordonner les économies nationales, au bénéfice de l'U.R.S.S.. Ainsi est mis en application le principe de « souveraineté limitée », résultat de la doctrine de l'internationalisme prolétarien, élaborée en 1968 par Brejnev. Ce processus d'intégration croissante suscite des résistances, notamment en Roumanie et en Pologne (1970, 1980-1981) . Dans ce pays, l'U.R.S.S. préfère confier la normalisation à un Polonais, le général Jaruzelski (coup d'État du 13 décembre 1981).
Dans le domaine des relations Est-Ouest, la première moitié des années 1970 semble marquer un changement radical, dans le sens d'une réelle détente. Avec la R.F.A., les relations se normalisent à la suite de l?arrivée au pouvoir, le 21 octobre 1969, du chancelier Willy Brandt, décidé à mettre en ?uvre une Ostpolitik active. Le traité soviéto-allemand de Moscou (12 août 1970) reconnaît la frontière Oder-Neisse. Cette avancée décisive est consolidée par le traité R.F.A.-Pologne (3 décembre 1970) et un traité bilatéral de reconnaissance R.F.A.-R.D.A. (21 décembre 1972).
L'année 1972 marque un tournant très important dans les relations soviéto-américaines. L'événement catalyseur de ce tournant est l'annonce surprise d'une visite du président Nixon en Chine. L'ouverture de celle-ci en direction des États-Unis est ressentie par l'U.R.S.S. comme une menace. Pour tenter de prévenir le rapprochement sino-américain, les dirigeants soviétiques s'empressent d'inviter Richard Nixon à Moscou. Le sommet Nixon-Brejnev (mai 1972) donne l'impulsion à une série d'accords soviéto-américains. En un an, vingt-trois accords de coopération sont conclus, depuis la protection de l'environnement jusqu'à l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire. Les accords les plus importants concernent la limitation des armes nucléaires (S.A.L.T.-I, 26 mai 1972). En novembre 1974, Gerald Ford, qui a succédé en août à Nixon, et Brejnev arrêtent, à Vladivostok, un protocole de principe sur les lignes directrices d'un nouvel accord, S.A.L.T.-II, conclu en 1979, mais jamais ratifié par le Congrès américain. Le climat de détente est entériné par la signature, le 1er août 1975, de l'Acte final de la Conférence d'Helsinki sur la sécurité et la coopération en Europe.
Néanmoins, ce climat de détente ne dure guère. La détente repose en effet sur un profond malentendu. Pour les Occidentaux, elle doit être globale : en acceptant le statu quo européen, ils comptent, en échange, que l'U.R.S.S. ne participe pas à la déstabilisation du reste du monde. Pour les Soviétiques, elle se limite à l'engagement de ne pas intervenir dans la sphère occidentale. Elle ne signifie pas le « freinage du cours de l'Histoire », marqué, selon eux, par un affrontement planétaire entre puissances impérialistes et anti-impérialistes. Dans la seconde moitié des années 1970, l'U.R.S.S. poursuit la mondialisation de sa politique extérieure, en multipliant ses engagements, notamment au Proche-Orient et en Afrique. Elle encourage l'intervention cubaine en Angola, aide elle-même la guérilla marxiste au Mozambique, intervient directement dans la corne de l'Afrique, d'abord aux côtés de la Somalie, puis de l'Éthiopie du général Mengistu. L'intervention militaire de l'U.R.S.S. en Afghanistan (décembre 1979) sonne le glas de la détente. Elle ouvre une période de profonde méfiance entre les deux Grands (boycottage mutuel des jeux Olympiques de Moscou, en 1980, et de Los Angeles, en 1984). Au début des années 1980, le bilan de la politique extérieure soviétique apparaît globalement négatif et l'U.R.S.S. s'essouffle dans une course aux armements où les Américains marquent des points (lancement de l?initiative de défense stratégique, l'I.D.S., connue sous le nom de « guerre des étoiles »).

II.7.5. L'intermède Andropov-Tchernenko (novembre 1982-mars 1985)

À la mort de Brejnev (novembre 1982), Iouri Andropov, chef du K.G.B., devient secrétaire général du parti. Malade, il ne reste en fonction que quatorze mois. Un autre géronte du Politburo, Konstantin Tchernenko, lui succède treize mois durant, avant de mourir à son tour. Au cours de l'interrègne Andropov-Tchernenko, aucun des problèmes majeurs de l'U.R.S.S. ne connaît même l'ébauche d'une solution. Andropov se distingue par une brève et inefficace campagne de lutte contre une corruption grandissante et par des appels à la discipline, « par laquelle tout commence ». En politique extérieure, les tensions Est-Ouest atteignent leur paroxysme. Toutes les négociations Est-Ouest en matière d'armements sont interrompues. L'U.R.S.S. annonce son intention de déployer de nouveaux missiles SS-20 en Europe de l'Est. Les États-Unis répliquent en installant des bases de Pershing dans plusieurs pays d'Europe occidentale et en activant leur dernière percée technologique (l'I.D.S.). Face à la montée des tensions internationales et à la crise structurelle qui menace l'économie soviétique, la gérontocratie du Kremlin est placée, à la mort de Tchernenko (10 mars 1985) devant des choix radicaux.

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